Créer une mare naturelle tient en quatre décisions : un emplacement lumineux loin des grands arbres, des profondeurs étagées avec une fosse d’au moins 80 centimètres, une étanchéité adaptée au sol et des berges en pente douce. Ensuite, la pluie remplit la mare naturelle, et les plantes indigènes comme la faune arrivent seules, sans aucun poisson.
Choisir l’emplacement avant de sortir la bêche
L’emplacement décide de la vie d’une mare de jardin pour des années. Le guide de la Métropole Rouen Normandie (2021) fixe l’équilibre : ni plein soleil, qui accélère l’évaporation, ni ombre complète, qui bride les plantes aquatiques. Éloignez aussi la mare des grands arbres, dont les feuilles comblent le fond, et des bambous, dont les jeunes pousses peuvent percer l’étanchéité.
Le point bas du terrain recueille le ruissellement et aide au remplissage. Vérifiez toutefois ce qui coule vers lui : une eau qui traverse un potager fertilisé nourrit les algues.
Avant de creuser, contrôlez trois points :
- la nature du sol, par le test décrit plus bas ;
- la présence d’une nappe proche de la surface, à repérer selon le Conservatoire d’espaces naturels de Normandie ;
- le passage de canalisations ou de câbles enterrés.
Gardez enfin un cheminement praticable tout autour de la mare.
Créer une mare naturelle en trois zones de profondeur
Inutile de voir grand : selon le guide rouennais, un plan d’eau de quelques mètres carrés joue déjà son rôle d’accueil. Un contour arrondi ou ovale suffit ; la végétation l’adoucira.
Le profil compte davantage que la surface. Trois étages se complètent :
- une berge en pente douce, sous 30° selon le conservatoire normand, où la faune entre et sort sans glisser ;
- une zone peu profonde taillée en paliers, pour les plantes enracinées ;
- une fosse centrale d’au moins 80 centimètres, profondeur qui met la mare et ses habitants à l’abri du gel, d’après la Métropole Rouen Normandie.
Sur le maximum, les avis divergent : un mètre pour la Métropole, 1,20 m pour le conservatoire normand, 0,8 m pour le Groupe Mares Hauts-de-France quand la sécurité prime. Pour une mare de jardin, visez entre 80 centimètres et un mètre.
Prévoyez la sur-profondeur. Pour un mètre d’eau sur membrane, le guide rouennais fait creuser à 1,20 m, avec une dizaine de centimètres de sable dessous et autant de terre dessus. Creusez de préférence à l’automne, hors gel, hors sécheresse et jamais au lendemain de fortes pluies.

Rendre le fond étanche : argile ou membrane souple
Le test du boudin et de l’anneau
Une terre argileuse retient parfois un point d’eau naturel sans aucun apport. Le guide rouennais propose un test simple : mouillez une grosse motte, roulez-la en boudin, puis refermez ce boudin en anneau. Si l’anneau tient sans se fendre, le sol est argileux et un fond bien tassé fera l’affaire.
L’argile compactée
Sur un sol limoneux ou drainant, le conservatoire normand conseille 30 à 80 centimètres d’argile après compactage, déposée en trois fois à une semaine d’intervalle, humidifiée puis damée, enfin couverte de terre du site. Les berges se modèlent librement, mais l’argile doit rester humide et tient mal sur un sable pur ou un calcaire fissuré. Les nattes de bentonite suivent la même logique.
La membrane souple sur feutre
La membrane en caoutchouc EPDM convient à tous les sols et ne craint pas un assèchement passager. Sa pose suit cet ordre :
- Retirez cailloux et racines, puis tassez le fond.
- Déroulez un feutre géotextile depuis le point le plus profond jusqu’au-delà des berges, ou étalez un lit de sable tassé.
- Comptez longueur et largeur de la mare, plus deux fois la profondeur, plus 50 centimètres : une mare de 3 m sur 4 m, profonde d’un mètre, demande 5,5 m sur 6,5 m (guide rouennais).
- Posez-la sans tendre, en laissant des plis, lestée de pierres plates.
- Bloquez le bord dans une tranchée, puis couvrez le fond de terre pauvre, jamais de la terre de surface riche en humus.
Le conservatoire normand estime sa durée de vie entre 15 et 20 ans.
Des plantes indigènes, zone par zone
Premier conseil des gestionnaires : laissez faire. Les graines du sol ou apportées par les animaux colonisent spontanément une mare naturelle, et une touffe plantée trop tôt freine cette arrivée, observe le conservatoire normand. Pour compléter, préférez des plants porteurs de la mention Végétal local, gérée par l’Office français de la biodiversité.
Espèces indigènes citées par les guides normands :
- sur la berge, les hélophytes : iris des marais, populage, menthe aquatique, salicaire, jonc épars, plantain d’eau ;
- en zone peu profonde : potamot nageant, renoncule aquatique, callitriches, myriophylle verticillé, qui oxygènent l’eau ;
- en surface : la morène, ou hydrocharis des grenouilles.
Un nénuphar se plante dans un contenant étanche, pour retenir ses rhizomes. L’eupatoire chanvrine, que le guide rouennais classe parmi les mellifères du bord de mare, prolonge les massifs conçus pour attirer les pollinisateurs au jardin.
Les espèces interdites à la vente et à la plantation
La liste européenne des espèces exotiques envahissantes préoccupantes (règlement d’exécution 2016/1141, consolidé le 7 août 2025) interdit la vente, la détention et la culture de plusieurs plantes de bassin :
- les jussies à grandes fleurs et rampante ;
- le myriophylle du Brésil et l’élodée de Nuttall ;
- le grand lagarosiphon et la crassule de Helms, ajoutée en 2025 ;
- la jacinthe d’eau et la laitue d’eau.
Si l’une d’elles apparaît, le conservatoire normand recommande un arrachage selon un protocole adapté, pour ne pas la disperser.

Eau de pluie et faune spontanée : laisser la mare se peupler
Creusée à l’automne, la nouvelle mare se remplit avec les pluies d’hiver. Une descente de gouttière peut l’alimenter, à condition d’empierrer la zone d’arrivée sans ciment ou de la végétaliser densément : sans cela, un orage ravine les berges, prévient le guide rouennais. Si votre toiture alimente déjà une cuve, la méthode pour dimensionner un récupérateur d’eau de pluie aide à partager l’eau entre arrosage et mare. Une baisse de niveau en été reste normale, note le conservatoire normand.
Grenouilles, crapauds et tritons trouvent la mare seuls, parfois au bout de quelques années. N’en apportez aucun : l’article L. 411-1 du code de l’environnement interdit de capturer ou transporter les espèces protégées, et le Groupe Mares Hauts-de-France rappelle que les œufs, les têtards et les adultes d’amphibiens sont concernés.
Pas de poissons non plus. Ils dévorent œufs, têtards et larves, et les poissons rouges troublent l’eau en fouillant la vase, selon la Métropole Rouen Normandie ; la perche soleil figure même sur la liste européenne. Quant aux moustiques, une mare bien gérée ne provoque pas d’invasion : larves de libellules, dytiques, notonectes et amphibiens mangent leurs larves. Les vrais foyers sont les soucoupes, les jouets oubliés sous la pluie et les flaques stagnantes.
Sécuriser la mare autour des jeunes enfants
Aucune règle spécifique n’encadre la sécurité d’une mare privée : les dispositifs imposés aux piscines depuis le 1er janvier 2006 ne s’appliquent pas, précise le Groupe Mares Hauts-de-France, et la responsabilité reste celle du propriétaire. Avant de créer une mare près de vos enfants, prévoyez :
- une fosse au centre et des berges sous 30° ;
- une ceinture haute de joncs, d’iris et de salicaires ;
- une clôture fermée par un portillon, ou un treillis rigide tendu sous la surface ;
- une surveillance constante.
Entretenir une mare naturelle saison après saison
Le travail sur une petite mare se concentre entre septembre et décembre, quand la faune a fini de se reproduire :
- fauchez les abords une fois par an et exportez l’herbe coupée, en laissant une bande de végétation haute d’une vingtaine de centimètres au bord ;
- faucardez joncs et roseaux par secteurs, pour garder au moins la moitié de la surface en eau libre ;
- retirez l’excès de feuilles mortes à l’épuisette ;
- ratissez les algues filamenteuses et laissez-les deux ou trois jours sur la berge, le temps que larves et têtards regagnent l’eau ;
- éclaircissez saules et arbustes qui referment la mare, sans tout couper.

Les végétaux retirés rejoignent le compostage domestique. Un curage partiel ne s’envisage que si la vase réduit nettement la profondeur, jamais sur toute la mare à la fois, et aucun produit de traitement n’a sa place près de l’eau.
Prochaine étape : observez votre terrain après une forte pluie. Là où l’eau stagne longtemps, au soleil une bonne partie de la journée, se dessine souvent votre future mare.
Vos questions sur la mare au jardin
Faut-il une autorisation pour creuser une mare au jardin ?
Rarement pour un particulier. Au titre de la loi sur l’eau, un plan d’eau n’est soumis à déclaration qu’au-delà de 0,1 hectare, soit 1 000 mètres carrés, selon l’article R. 214-1 du code de l’environnement. Le code de l’urbanisme n’impose une déclaration préalable qu’au-delà de deux mètres de profondeur sur au moins 100 mètres carrés. Passez tout de même en mairie : plan local d’urbanisme, site protégé ou règlement sanitaire départemental peuvent imposer des distances.
Quelle surface minimale pour une mare utile à la faune ?
Aucun texte ne fixe de minimum. Les gestionnaires de mares rappellent qu’un plan d’eau de quelques mètres carrés sert déjà de refuge à la petite faune aquatique, s’il réunit trois éléments : une berge en pente douce, une zone peu profonde pour les plantes enracinées et une fosse d’au moins 80 centimètres, qui reste en eau et hors gel. Une surface plus vaste multiplie surtout les habitats.
Comment faire une mare sans bâche ?
Tout dépend de votre terre. Si elle réussit le test de l’anneau, elle est assez argileuse pour retenir l’eau : un fond soigneusement tassé et maintenu humide joue le rôle d’étanchéité. Sinon, un apport d’argile compactée en plusieurs couches ou des nattes de bentonite remplacent la membrane, d’après les retours d’expérience du Conservatoire d’espaces naturels de Normandie. Ces solutions exigent une alimentation en eau régulière.
L'equipe Green Grass Gardens
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